titre ateliers théâtre adultes


“RETOUR SUR LES PLANCHES”

de Gisèle Janin-Callot, le 31 août 2011
élève de l'atelier adulte de la compagnie du Rouge-Gorge



    Établir un lien entre l’activité culturelle telle que le théâtre et l’accomplissement d’une vie professionnelle, m’est apparue comme une expérience forte à partager avec d’autres.
Depuis mes premiers pas sur scène à mon retour sur la scène  : vingt-cinq ans se sont écoulés.
Ce retour à mes premiers amours : le théâtre m’a permise de me rendre compte de l’apport du théâtre dans l’acquisition de mes compétences professionnels ; de quoi encourager certains à s’engager voire pour d’autre à poursuivre dans cette voie !

    Originaire d’un petit village isérois, nous avions la chance de profiter d’une salle paroissiale avec une scène de théâtre : décors, rideau, coulisses et accueil du public. Groupe familial, j’ai très jeune été enrôlée : il manquait des filles…..Pour moi, je voyais l’occasion de sortir le samedi soir. 
Nous montions durant les mois d’hiver un drame en trois actes et deux saynettes burlesques. Les trois représentations étaient données en février quand les activités extérieures étaient rares. Nous attirions un public assez nombreux, ravi de passer quelques heures en dehors de la maison.
Chaque semaine, nous répétions deux heures et nous partions ensemble au bal dans un village voisin. Un lien fort nous unissait : dès que des évènements survenaient (bousculade, bagarre…) nous reformions le groupe et partions. Les bénéfices récoltés lors des représentations finançaient une sortie en été à la découverte d’une région limitrophe.  L’esprit de cohésion de groupe est né. Nous ne pouvons pas lâcher nos collègues de scène. Qui remplacerait ?
    Lors de la représentation, le public riait, se manifestait et comme nous les connaissions presque tous, nous donnions de la valeur à la reconnaissance qu’ils nous renvoyaient : j’ai découvert ainsi l’envie de bien faire,  l’envie de transmettre.

    En parallèle, je menais des études d’infirmière. J’ai vite compris l'intérêt que l’on doit porter l’esprit d’équipe. J’ai vite appris le respect de l’autre.
Aujourd’hui le lien avec mon expérience de troupe de théâtre est évident : Si je ne connaissais pas parfaitement mon rôle au théâtre, quel respect aurai-je eu de mon co-équipier ?    

    Après neuf ans de troupe de théâtre, j’ai quitté ma province pour venir en Ile-de-France. Je voulais continuer le théâtre  mais les années sont passées sans que je puisse reprendre :  l’activité professionnelle, les enfants, le travail autour des associations, la reprise des études pour améliorer mon parcours professionnel ne facilitaient pas ce projet. Vingt-cinq ans sont passés, je suis redescendue plusieurs fois voir jouer mes anciens co-équipiers et toujours je revenais en pensant “je reprendrais un jour”.

    Quand Véronique, une bonne amie m’a dit qu’elle souhaitait faire du théâtre, je l’ai suivie. Nous avons vu qu’à Courbevoie des ateliers théâtre débutaient avec la Compagnie du Rouge-Gorge.  Nous voilà parties avec Choé Houbart pour des ateliers.
    En 2010, nous, ses trois élèves, nous l’avons persuadée de monter quelque chose pour concrétiser notre année de travail. Autour de morceaux choisis dans le répertoire classique : “L’avare” de Molière, “Hamlet” ou  “Roméo et Juliette” de Shakespeare, mais aussi “Knock” de Jules Romains, “L’homme qui prenait sa femme pour un chapeau”  adapté par  Peter Brooks ou encore  “Roberto Zucco” de Koltès, nous avons donné notre première représentation.
    En 2011, nous avons récidivé avec de nouveaux partenaires.  Dans une salle que la Ville de Courbevoie a mise à notre disposition, nous avons présenté un Cabaret (différentes saynettes du répertoire de Fernand Raynaud…) pour notre plus grande joie. Nos familles, nos amis et d’autres spectateurs inconnus nous ont accompagnés et nous avons vécu à nouveau une soirée exceptionnelle.

    J’ai retrouvé mes sensations d’autrefois.
Les enfants autour de la scène lors du monologue de l’Avare de Molière ont fait monter le plaisir de jouer comme je l’avais eu il y a si longtemps. Chanter, jouer un rôle et faire rire, interroger l’autre ; que de bonheur retrouvé !!!

    Avec mon expérience de théâtre, je peux aussi définir ce qu’est le jeu pour moi.
- Jouer pour moi c’est changer d’état d’un instant à l’autre, ne pas faire attendre le public, c’est oser, aller de l’avant, se mettre en avant, prendre l’espace, écouter l’autre.

- Jouer pour moi c’est répéter. En peu de temps : nous devons  mettre en œuvre notre rôle. Nous devons apprendre à manipuler les accessoires nécessaires à la représentation avec aisance. Nous devons rechercher les décors, des costumes, nous investir, créer, nous dépasser, et rester en cohésion avec le groupe.

- Jouer pour moi c’est rire ensemble avec nos partenaires, avec le public. Le rire, est un facteur essentiel dans la vie car il est facilitateur des échanges.

- Jouer pour moi c’est apprendre ses textes nuit et jour pour qu’ils soient déclamés sans hésitation et faire ainsi travailler sa mémoire.

- Jouer pour moi c’est analyser un texte,  comme  je l’ai fait pour le monologue de Hamlet “Être ou n’être pas”. L’analyse représente un passage obligé  pour mettre les intonations au bon moment.

- Jouer pour moi  c’est partager ses idées sur un rôle avec la professeure qui conçoit le rôle d’une certaine manière, se mettre d accord avec elle , puis suivre les objectifs, que l’on s’est donné : jouer pour moi, c’est un challenge difficile !

    Pour ma part, je trouve que le théâtre est une activité exigeante.
Mais tout ce qu’il demande au comédien amateur, le comédien amateur  peut le  réinvestir et c’est là le bénéfice, le comédien amateur peut le  réinvestir au quotidien, dans la vie professionnelle, face à l’autre :  observer, écouter, s’adapter aux situations, prendre sa place en respectant l’autre, créer une cohésion de groupe.

    S’engager dans une troupe de théâtre, participer à une mise en scène et se produire sur scène, demande de l’investissement. C’est grâce à un retour sur les planches après vingt-cinq ans que j’ai pu mesurer le travail accompli et les compétences acquises.

    Parents ou jeunes si vous doutiez encore de l’intérêt de vous enrôler ou d’enrôler vos enfants, j’espère que ce message vous aura convaincus. Je vous donne rendez-vous dans l’atelier de  théâtre de la Compagnie du Rouge-Gorge.



Gisèle Janin-Callot
Courbevoie ,le 31 août 2011.